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hyperbolederivations
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Comment décrire l'indescrptible? Disons que ce cybercarnet aura des sujets variés selon mon humeur!
Catégorie :
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Date de création :
10.06.2006
Dernière mise à jour :
22.12.2006
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Litterature

Souffrances du jeune Werther

Posté le 12.06.2006 par hyperbolederivations
Le roman "Souffrances du jeune Werther" écrit par Goethe est totalement typique du romantisme. C'est en fait un des premiers romans appartenant à ce genre - le romantisme ayant débuté dans les vers la fin du 18e siècle notamment en Allemagne, en Angleterre, en Suisse et en France, Goethe a écrit cette oeuvre en 1774.
Le trimophe du "je" y est magnifiquement représenté par le genre épistolier primant tout au long du roman. Même que les seules épîtres présentes sont celles écrites par le fameux Werther en question.
Tel que le titre laisse présager, le roman n'est pas très joyeux... À mesure que le personnage principale s'enfonce dans la douleur, le récit lui-même devient de plus en plus sombre. Logique puisque le récit est constitué des écrits de Werther à son ami Wilhelm et à quelques reprises à Charlotte - l'objet de ses souffrances. En effet, Werther s'est épris d'une passion sans pareil pour Charlotte une jeune femme dont il a fait connaissance alors qu'il se reposait à la campagne. Un seul hic, elle est promise a un autre homme - Albert - qu'elle adore et chéri et tous les deux vont se marier au cours du roman. Ce qui n'empêche pas le triste héros d'aller voir Charlotte chaque jour et de lui témoigner la plus vive affection - quoi que dans les limites du respectable.
À force de déception dans sa vie professionnelle, dans la vie de ceux qui l'entourent et de côtoyer chaque jour l'objet de son ardent désir, il sombre de plus en plus dans la mélancolie voir la folie. Il ne va pas sans dire que même au départ, Werther est extrêmement sensible à ce qui lui entoure et qu'il est excessif et émotif comme pas un.
Ce qui le conduit au suicide romantique, acte populaire et répandue dans les oeuvres romantiques.


Maintenant, la question du jour... Puisque nous n'avons - pour la majeure partie du livre - seulement le point de vue de Werther, il est difficile de concevoir ce que pensent et ressentent réellement les autres personnages... Il convient donc de se poser la question: Charlotte aime-t-elle ou n'aime-t-elle pas Werther?

Mon opinion sur cette épineuse question: Charlotte aime Werther. Il comble son côté émotif, la touche par sa sensibilité. Elle s'attache à lui, peut-être malgré elle:

"D'un autre côté, Werther lui était devenu si cher, et dès le premier instant la sympathie entre eux s'était si bien manifestée, leur longue liaison avait amené tant de choses vécues en commun, qui avaient fait sur son coeur des impressions ineffacables. Elle était accoutumée à partager avec lui tout ce qui dans ses sentiments et dans ses pensées présentait quelque intérêt, et son départ menaçait de lui faire un vide qu'elle ne pourrait remplir."(p.154)

Dans cet extrait, tiré de la partie narrative du roman, nous voyons clairement que Charlotte aime bien Werther. Par contre, elle ne pourrait vivre avec lui et n'est nullement amoureuse:

"Oh! si elle avait pu dans cet instant le changer en un frère, combien elle eût été heureuse!" (p.154)

Ainsi, son amour pour Werther est tel qu'elle ne peut se passer de lui tout en ne pouvant vivre avec lui. Nous voyons ici un beau contraste, caractéristique du romantisme encore une fois!
Qu'en pensez-vous?



--

Pièces de théâtre

Posté le 28.06.2006 par hyperbolederivations
J'aime bien les pièces de théâtre. Les lire, les jouer comme les regarder, tout est plaisant dans ces petites merveilles artistiques! (sauf quelques exceptions où la pièce est carrément ennuyante à en mourir)
Ce qui rend une pièce agréable ne réside pas tant au niveau du style qu'à la richesse du contenu des dialogues.
Dans le cadre du cours de français de secondaire 4, nos oraux étaient tout simplement une interprétation d'extraits de pièces de théâtre. Pour nous aider dans notre choix, la prof nous avait donné l'adresse d'un site où se trouvait une multitulde de pièce offerte en consultation gratuite: www.leproscenium.com
On y trouve toutes sortes de pièces. Par contre, ce sont seulement des pièces contemporaines; ne cherchez pas un grand classique là-dedans!
Bonne lecture!

Les meilleures conditions pour lire

Posté le 21.07.2006 par hyperbolederivations
Rien n'est pus doux que de lire un bon livre!
Tout simplement s'installer dans un bon lit confortable avec une petite musique douce et commencer à lire... lire sans se presser en prenant bien le temps de savourer l'impact de chaque mot et de se laisser absorber complètement. Une musique sans paroles est à privilégier parce que les paroles d'une chanson peuvent briser le fil de l'histoire (sauf si bien sûr l'état d'absorption est extrêmement profond)
Par contre, gare à ceux qui voudront vous parler! Une personne extérieur qui parle viendra briser un peu de la magie et sa voix semblera grossière par rapport à la douceur des mots du livre...

Bref, pour avoir la meilleur expérience de lecture possible, il faut être confortable (dans mon cas, je privilégie le lit mais ce pourrait tout aussi bien être dans la baignoire ou même à l'extérieur sur une chaise pour ceux qui aime ça) mais aussi s'isoler totalement...

Importance de la lecture

Posté le 11.08.2006 par hyperbolederivations
Quelle importance, quel impact la lecture a-t-elle dans notre quotidien et dans notre société. Quelle puissance recèle cet amalgame de mots formant un tout intelligible ? La lecture a-t-elle réellement une influence sur notre pensée ? Souvent qualifiée négativement de « perte de temps », de « importante seulement si on veut étudier longtemps » ou encore positivement de « l’une des plus grandes merveilles du monde », de « tout simplement délicieux » ; quelles « définitions » sont applicables ? Certaines personnes détestent lire, d’autres ne lisent que de temps à autre, d’autres ne lisent aucun roman, mais plusieurs livres d’informations et finalement quelques uns lisent et dévorent insatiablement tout ce qui se trouve sur leur passage. Il est donc clair que les avis sont partagés sur les avantages ou désavantages de la lecture. Tentons d’y voir un peu plus clairement.

Dans les environs de 3500 ans av. J-C l’écriture fut inventée. À partir de ce moment commence la véritable histoire humaine intelligible, la véritable domination envers les autres animaux. Tout cela simplement à cause de quelques caractères. Au fur et à mesure que les inventions se multipliaient, l’écriture se raffinait de plus en plus pour finalement aboutir à la forme que nous lui connaissons maintenant. Elle demeure encore aujourd’hui en constante évolution (évolution plutôt lente j’en conviens, mais n’est-ce pas ainsi pour l’évolution de toute chose complexe ?) De l’écriture naît la nécessité de la décoder, soit la lecture.

Par le passé, il n’y avait que les érudits, les nobles, les riches qui pouvaient se permettre d’apprendre à lire. Combien de génies potentiels sont restés dans l’ombre sans pouvoir se développer ? Lire et écrire étaient symboles de culture, de puissance, d’argent, de la domination des uns sur les autres.

De nos jours, l’écriture est présente à peu près partout ; il devient quasiment impossible de fonctionner sans pouvoir lire, que ce soit pour consulter un horaire d’autobus, de lire son courrier, d’aller aux guichets automatiques des banques, de lire les modes d’emplois des divers appareils appartenant à notre quotidien, etc, etc. C’est en voulant l’égalité et l’éducation pour tous que la maîtrise des mots est devenue quasi-universelle.

Sur ce, nous pouvons à tout le moins conclure une chose ; la maîtrise des mots constitue une forme de domination sur ceux ne la possédant pas. Voyons un peu les autres effets possibles en analysant les comportements selon les habitudes de lecture.

Prenons tout d’abord le cas de ceux lisant rarement ou jamais. J’en connais quelques uns ; ils boivent beaucoup d’alcool, s’expriment assez mal et certains ont ou ont déjà eu des problèmes de drogues. Tous entretiennent des relations sociales superflues et doivent impérialement être avec quelqu’un en permanence.

En ce qui concerne ceux qui lisent de temps à autre, ils ont tendance à avoir une consommation d’alcool plutôt modérée, s’expriment de façon moyenne, mène une vie assez calme quoi que plutôt terre à terre et ont plusieurs relations sociales tout en pouvant supporter aisément la solitude à moyen terme.

Il ne reste plus qu’un cas ; celui des personnes lisant souvent et énormément. De manière général, elles n’aiment pas trop consommer de l’alcool, adorent parler, s’expriment avec éloquence, sont de nature plutôt rêveuse, étudient plus longtemps et ont par le fait même une plus grande culture.

Ce ne sont bien sûr que de courts portraits basés sur des personnes que je connais, et souvent que je connais très peu. Il faut aussi se rappeler que ce ne sont que des tendances ; il ne faut pas tout généraliser de façon hâtive. De plus, le genre de lecture a aussi une influence, et j’ai remarqué qu’il est fortement aux habitudes de lecture. Ceux qui lisent rarement vont lire des livres populaires, vendus par millions ; ceux lisant parfois vont avoir tendance à lire des livres à informations, des romans policiers ou à l’eau-de-rose ; les autres vont plutôt saliver devant un bon classique littéraire comme les œuvres de Goethe, d’Hugo, de Zola et tous les autres.

Attardons-nous quelques instants sur le rôle que peut jouer la lecture au cours d’une vie. Lire et écrire font parti des premières choses que l’on apprend à l’école ; se sont des bases qu’il importe d’acquérir au plus tôt, le début de l’éducation et de la culture. Même avant l’entrée à l’école, les enfants se font lire des contes et des histoires avant de s’endormir. Les mots ont cet étrange pouvoir de modifier les émotions humaines, d’endormir, de soulever de la colère, de provoquer tristesse et larmes, de faire rire, bref d’avoir un effet particulier.

La lecture procure et a à la fois un certain pouvoir ; elle influence nos perceptions, nos idées, nos opinions, nos sentiments et en maîtrisant le pouvoir charmant des mots, il est possible de provoquer ces effets sur les autres. La force d’évocation des mots nous permet de devenir tous les personnages à la fois de sentir les joies et peines de l’un et l’autre et ainsi nous délivre de nos propres douleurs et permet de mieux y être confronté par la suite. Tel une douce berceuse, tel une vague sur la mer, les plus belles œuvres savent nous transporter doucement, lentement avec un confort sans égal dans des univers magiques, passés, présents, à venir, au cœur de l’histoire, de différentes sociétés ou en plein centre de l’imaginaire…

Der Elrkönig

Posté le 21.10.2006 par hyperbolederivations
Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? —
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht!
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? —
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. —

„Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel’ ich mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“ —

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? —
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind. —

„Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schön;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“ —

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort? —
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau. —

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch’ ich Gewalt.“ —
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan! —

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.


Traduction en français:
Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il porte l'enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
- Mon fils, c'est un brouillard qui traîne.

- Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d'or.

- Mon père, mon père, et tu n'entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
- Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C'est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

- Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t'endormiront, à leur danse, à leur chant.

- Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
- Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

- Je t'aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j'userai de violence.
- Mon père, mon père, voilà qu'il me saisit !
Le roi des aulnes m'a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l'enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L'enfant dans ses bras était mort.

Der Elrkönig (Roi des Aulnes) est un poème de Goethe. Il a été repris en lied par Schubert (malheureusement, le fichier est trop lourd pour le publier).

Extraits de "Spirite" de Gauthier

Posté le 27.10.2006 par hyperbolederivations
Une chose que j'adore avec Théophile Gauthier, c'est de retrouver certaines de mes pensées formulées de la plus belle des façons avec ce style si propre et ce vocabulaire si riche de Gauthier...

"Son intelligence lui ouvrait toutes les carrières; mais il n'en avait voulu suivre aucune, la route choisie l'eût peut-être détourné de la vraie voie. [...] Toute espèce de lien ou d'obligation lui inspirait de la défiance, et l'on eût dit que, poussé par un instinct secret, il tâchait de se conserver libre pour quelque évènement ultérieur"

"Non seulment Spirite rendait toutes les intentions du maître, mais elle exprimait l'idéal qu'il rêvait et auquel l'infirmité humaine ne lui avait pas toujours permis d'atteindre; elle complétait le génie, elle perfectionait la perfection, elle ajoutait à l'absolue!"

"Il aimait la mer. Cette éternelle inquiétude et cette plainte qui ne se tait jamais, même aux heures les plus calmes, ces brusques révoltes et ces fureurs insensées contre l'obstacle immuable avaient toujours plu à son imagination qui voyait dans cette turbulence vaine une secrète analogie avec l'inutile effort humain. Ce qui le charmait surtout de la mer, c'était le vaste isolement, le cercle d'horizon toujours semblable et toujours déplacé, la solennelle monotonie et l'absence de tout signe de civilisation. [...] Dans sa fierté, la mer ne garde pas comme la terre les cicatrices du passage de l'homme. Elle est vague, immense et profonde comme l'infini. Aussi, jamais Malivert ne se sentait plus joyeux, plus libre, plus en possession de lui-même que lorsque, debout à la proue d'un navire s'élevant, s'abaissant, il s'avançait dans l'inconnu."

"Il nous sera permis de savourer, unis éternellement l'un à l'autre, la tranquille ivresse de l'amour divin, de cet amour sans intermittence, sans faiblesse, sans lassitude, et dont l'ardeur ferait fondre les soleils comme des grains de myrrhe sur le feu. Nous serons l'unité dans la dualité, le moi dans le non-moi, le mouvement dans le repos, le désir dans l'acomplissement, la fraîcheur dans la flamme."

La magie dans les oeuvres de Gauthier, c'est qu'il trouve le moyen de dire "ce qui reste d'inédit dans la phrase la mieux faite, le mystérieux, l'intime et le profond des choses, la secrète aspiration qu'on s'avoue à peine à soi-même, l'indicible et l'inexprimable, le desideratum de la pensée au bout de ses efforts, et tout le flottant, le flou, le suave qui déborde du contour trop sec de la parole"

l'Horloge

Posté le 21.11.2006 par hyperbolederivations
"l'Horloge" est un fabuleux poème de Baudelaire in Les Fleurs du Mal.

"Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible:

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! C'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout de dira: Meurs, vieux lâche! il est trop tard!""

Pour une incroyable et merveilleuse animation de ce poème:
http://perte-de-temps.com/lhorloge.htm
Merci à Serge (alias le Minotaure) pour cette fabuleuse trouvaille!

Tout entière - Baudelaire

Posté le 22.11.2006 par hyperbolederivations
Le Démon, dans ma chambre haute,
Ce matin est venu me voir,
Et, tâchant à me prendre en faute,
Me dit: «Je voudrais bien savoir,

Parmi toutes les belles choses
Dont est fait son enchantement,
Parmi les objets noirs ou roses
Qui composent son corps charmant,

Quel est le plus doux.» - O mon âme !
Tu répondis à l'Abhorré :
«Puisqu'en Elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.

Lorsque tout me ravit, j'ignore
Si quelque chose me séduit.
Elle éblouit comme l'Aurore
Et console comme la Nuit ;

Et l'harmonie est trop exquise,
Qui gouverne tout son beau corps,
Pour que l'impuissante analyse
En note les nombreux accords.

O métamorphose mystique
De tous mes sens fondus en un !
Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum!»


Amusons-nous un peu et analysons sommairement cette merveille! La double comparaison à caractère d'antithèse "Elle éblouit comme l'Aurore/Et console comme la Nuit" indique un parfait mélange d'opposés, une complétion parfaite comme si "Elle" formait un tout harmonieux. Cette idée est d'ailleurs reprise textuellement dans la strophe suivante. D'ailleurs, le vocabulaire de cette même strophe - "harmonie", "note", "accords" - réfère au domaine musical indiquant que la beauté physique dont Baudelaire traite possède un lien étroit avec l'esprit par le biais de la référence musicale, domaine jugé intellectuel. Sur un autre ordre d'idées, l'auteur ne nomme pas une femme en particulier; il désigne toujours celle dont il parle par le pronom "Elle" affublé d'une majuscule au début, ce qui a pour effet de dépersonnaliser ces attraits en les étendants non plus à une seule personne, mais bien à toutes les représentantes de la gente féminine. D'un autre côté, Baudelaire traite aussi de l'étrange réaction des hommes face aux charmes féminins. En effet, la double hypallage "Son haleine fait la musique,/Comme sa voix fait le parfum!" dénote d'un mélange des sens (dits explicitement dans les deux vers précédents). Cette étrange réaction nous indique que les femmes auraient le même effet sur les hommes que la drogue. En effet, certains drogués acquiert une sorte de mélange des sens au bout d'un certain temps comme par exeple l'attribution d'une saveur à une couleur. C'est exactement ce phénomène de synesthésie que l'auteur décrit. Par contre, cette drogue féminine est d'abord et avant tout intellectuelle par la référence musicale. Cette même comparaison drogue-femme est encore plus explicite dans le poème du même auteur et du même livre: "Le Poison".


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